Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson)
Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson)

Sur les chemins noirs (Sylvain Tesson)

Tesson critique | liberté | marche

Sylvain Tesson est tombé de haut. D’un toit pour commencer.

Habitué aux contrées lointaines et aux horizons sans fin, notamment ceux des terres slaves figées dans le gel de l’Histoire, il ne pensait pas consacrer ses forces vitales chancelantes à traverser la Lozère ou la Creuse à la poursuite de sa rémission.

Pourtant, fuyant les murs sécurisés de l’hôpital, il entreprit sa reconstruction physique et mentale en se cognant dans les angles de l’hexagone. Mais c’est au pied du mur que l’Homme retrouve ses instincts d’animal. Et quoi de mieux que de suivre ces chemins camouflés, obstrués, oubliés, ceux des dernières bêtes sauvages qui serpentent entre les fondations d’un avenir productif en béton armé. Ces corridors de l’Histoire où le temps cesse d’avoir un sens, là où le présent prend racine pour mieux faire croître les réflexions essentielles. En somme, là où les bêtes bivouaquent, dans les ornières de cette France mutilée par un modernisme suranné. Avec cette frénésie de “progrès” financé par des chèques en blanc, pour mieux protéger ses données personnelles, mieux vaut ne laisser de traces que dans la terre meuble des chemins noirs.

Néanmoins, en marge de ce constat sombre mais lucide, cette pérégrination est jonchée d’humour et d’autodérision, et elle ne débouche pas sur un cul de sac sans espoir. Car cette rééducation par la marche en compagnie des ombres met surtout en lumière l’importance de ses propres choix d’itinéraire.

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